CRAMANT, le 2 juin 2016

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2015, année atypique

Il est rare qu’une année ressemble à la précédente, et c’est bien ce qui fait le charme du métier de vigneron. Mais 2015 s’est révélée une année tout à fait atypique - et en ce sens exceptionnelle - par la nature des conditions météorologiques observées.

L’hiver 2014-2015, plutôt doux avec une pluviosité soutenue, a permis une bonne « recharge hydrique » du vignoble. Heureusement, d’ailleurs, car le printemps 2015 et le début de l’été (d’avril à mi-août) ont été d’une sécheresse rarement vue. Le mois d’août restera dans les annales météorologiques comme le plus chaud jamais observé après celui de 1961 ! Il faut encore ajouter que la température moyenne sur la période a été la plus élevée depuis qu’existent les relevés météo systématiques. C’est dire !
Cette sécheresse a obligé la vigne à puiser l’eau très en profondeur et donc à s’enrichir de la « substantifique moelle » du terroir.
La pluie est arrivée in extremis fin août, stoppant enfin le dessèchement des sols, réalimentant la vigne et permettant ainsi la maturation du raisin.

Cette année 2015 « surprise » s’est néanmoins révélée comme une... belle surprise. Les moûts sont riches en sucre, et si l’acidité est un peu plus faible que d’ordinaire, cela n’est en rien préjudiciable au vieillissement du vin. Les caractéristiques de la vendange 2015 sont comparables à celles des années 1999, 2002, 2005 et 2006, qui ont toutes donné de belles cuvées.

Année atypique, disions-nous pour commencer. Année « pédagogique » pourrions-nous ajouter. En effet, ces conditions météo particulières ont eu pour conséquence une « mise en valeur » prononcée de chaque terroir, avec des décalages de maturation selon les expositions. A Cramant, par exemple, on relève toute la minéralité du terroir, tandis que dans la plaine c’est plutôt la finesse qui s’exprime. Cette situation hétérogène jusqu’au sein d’un même terroir n’a pas facilité le choix des dates de vendanges, afin que chaque parcelle livre ses qualités optimales.

Mais ces différences sensibles d’expression ont aussi été l’occasion de se « faire plaisir » en vinifiant des cuvées bien différenciées pour... le plus grand plaisir des papilles des amateurs. La boucle étant ainsi bouclée de la plus jolie manière.

Signalons enfin qu’en 2015 le domaine a investi dans des cuves inox, ce qui nous permet désormais de faire de la vinification parcellaire, pour aboutir à des champagnes encore plus précis.

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Les raisins des vins clairs

Le chardonnay des coteaux sud d’Epernay se montre très ouvert, très parfumé (fleurs et fruits), avec un nez printanier. On a tout de suite envie de le porter en bouche où fraîcheur, gras et matière sont ses principales caractéristiques. En fin de bouche, une très légère et délicate amertume s’exprime lentement.

Le chardonnay de la Côte des Blancs est plus minéral, avec une pointe saline et crayeuse très caractéristique de son terroir, qui donne beaucoup de profondeur au vin. On pourrait presque le boire « sans les bulles » (avec des fruits de mer, par exemple), ce qui en dit long sur ses qualités intrinsèques. Son potentiel et son pouvoir de garde devraient donner un beau millésime.

Le meunier des Coteaux sud d’Epernay et de la Vallée de la Marne est très « fruits frais » : groseille à maquereau, agrumes (pamplemousse rose)... avec beaucoup de rondeur et de vinosité et une légère saveur acidulée. Le nez est peut-être un peu fermé, mais la bouche est opulente et confirme bien les qualités évoquées. Voilà un vin gouleyant !